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  • Circuit court ≠ Local : arrêtons de les confondre

Circuit court ≠ Local : arrêtons de les confondre

Circuit court ≠ Local : arrêtons de les confondre

by Manon / jeudi, 04 juin 2026 / Published in Actualités, Agriculture, Économie locale, Produits locaux

Imaginez. Vous rentrez du marché, satisfait·e, sac plein de produits achetés directement au producteur. Vous avez bien fait, non ? Peut-être. Mais avez-vous pensé à demander d’où viennent ces tomates ? Elles pourraient bien avoir été cultivées à 1 500 km de chez vous.

Circuit court, local, bio : on parle de plus en plus souvent de ces notions, souvent dans la même phrase, souvent comme synonymes. C’est une erreur et elle n’est pas anodine. Derrière cette confusion, des habitudes d’achat qui ne soutiennent pas toujours ce qu’on croit soutenir.

Deux concepts, deux logiques

Le circuit court est avant tout une notion de distribution. Par définition officielle[1,2], il s’agit d’un mode de commercialisation dans lequel au maximum 1 intermédiaire intervient entre le producteur et le consommateur. Un agriculteur qui vend à la ferme, un artisan sur un marché, une livraison à domicile directe : voilà du circuit court. Mais rien dans cette définition ne dit quoi que ce soit sur la distance géographique entre le champ et votre assiette.

Le produit local, lui, parle de territoire. C’est un produit cultivé, élevé ou transformé près de chez vous. Mais ce produit peut très bien traverser plusieurs mains et plusieurs entrepôts avant d’arriver dans votre cuisine.

Et qu’en est-il en terme de kilomètres ? A partir de combien de kilomètres un produit est-il considéré comme local ? Malheureusement, il n’existe pas de définition officielle en terme de kilomètres pour « produit local » en Wallonie, ni dans la réglementation, ni dans les études scientifiques wallonnes. L’étude Apaq-W 2023 (que tu as déjà) montre que les consommateurs belges francophones associent « local » à un produit acheté à moins de 50 km du domicile (53 %), ou encore à un produit de saison (53 %). Ce sont des perceptions de consommateurs, pas une norme scientifique.

La question que l’on se pose est donc : L’absence de définition légale est elle-même un problème qui laisse la porte ouverte aux abus marketing ?

Circuit court

Peu d’intermédiaires entre producteur et consommateur (0 ou 1 maximum). L’origine géographique n’entre pas en compte. Un producteur étranger qui vend directement en ligne pratique du circuit court.


Produit local

Cultivé ou fabriqué près de chez vous. La chaîne de distribution n’entre pas en compte. Des légumes wallons vendus en grande surface restent des produits locaux.

Ce que disent les chiffres en Belgique francophone

L’Apaq-W a mené en 2023 une étude auprès de 1 500 Belges francophones pour mesurer leur perception de ces deux notions.[3] Les résultats sont éclairants :

La même étude montre que la perception du circuit court évolue : la distance « acceptable » s’est élargie depuis 2021, avec une augmentation significative de ceux qui acceptent jusqu’à 50 km, et une baisse de ceux qui la limitaient à 20 km.[3] 

En parallèle, près d’un tiers des consommateurs définissent le circuit court par son caractère direct (sans intermédiaire), 14 % par la proximité géographique, et seulement 11 % par le critère officiel d’un intermédiaire maximum.

Un produit peut être vendu en circuit court depuis l’autre bout du monde. Un produit local peut avoir traversé 3 entrepôts avant d’arriver chez vous.

La confusion est aussi entretenue parce que, dans le meilleur des cas, les deux se rejoignent : un maraîcher de votre commune qui vend ses légumes sur le marché du village, c’est à la fois local et en circuit court.

Et le bio dans tout ça ?

Troisième notion souvent mélangée aux deux autres. Bonne nouvelle : les consommateurs belges francophones font encore la distinction.[3] Le bio désigne un mode de production (sans pesticides de synthèse, sans OGM, etc.). Il ne dit rien sur la distance parcourue ni sur le nombre d’intermédiaires. On peut tout à fait trouver des produits bio importés de loin, vendus en grande surface. Et inversement, un producteur local en circuit court peut ne pas être certifié bio.

En résumé : trois notions, trois critères différents, qui peuvent se combiner ou non.

Avantages réels du circuit court pour le producteur

Quand il est bien pratiqué, le circuit court offre des bénéfices concrets aux producteurs.[2] Il leur permet de mieux maîtriser leur prix de vente, d’obtenir une rémunération plus équitable par rapport à leurs efforts, et de bénéficier d’une meilleure reconnaissance de leur travail. Le contact direct avec les consommateurs crée aussi un retour précieux sur la qualité de la production.

Mais il implique aussi des défis réels : l’agriculteur doit apprendre de nouveaux métiers (vente, marketing, transformation), souvent investir dans de nouvelles infrastructures, et gérer seul une partie de la commercialisation.[2] 

Les formes de circuit court qui existent

Il en existe bien plus qu’on ne croit. En vente directe : magasin à la ferme, cueillette, marchés de producteurs, distributeurs automatiques, livraison à domicile. En vente avec un intermédiaire : magasin bio, coopérative, magasin de produits locaux, épicerie de proximité, restaurant ou collectivité approvisionnée directement.[2] Chaque canal a ses propres avantages et contraintes.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Le vrai impact économique, environnemental, social vient de la combinaison des deux critères : un produit cultivé près de chez vous, vendu avec peu d’intermédiaires. C’est ça, le duo gagnant. Et c’est la question qu’il faut apprendre à poser.

✓ Privilégier les produits en circuit court en vérifiant aussi leur origine géographique. Les 2 critères ensemble font la différence.[1]

✓ Éviter les produits transportés par avion, et préférer ceux acheminés par des moyens moins polluants lorsque l’origine lointaine est inévitable.[1]

✓ Dans les lieux de distribution, privilégier les produits issus de productions locales identifiés avec clarté.[1]

✓ Poser la question : « D’où vient ce produit exactement ? » Un vrai producteur en circuit court la reçoit avec plaisir.

✓ Demander : « Combien d’intermédiaires entre vous et le champ ? » La transparence de la réponse est déjà une information.

Sources

[1] Etiquettable / Eco2initiative — Local & circuit court : kézako ? etiquettable.eco2initiative.com
Source citée s’appuie sur : Réseau Action Climat France, « Un coup de fourchette pour le climat », 2017.

[2] Biowallonie — Qu’est-ce qu’un circuit court ? biowallonie.com
Définition de référence : Région Wallonne DG03. Typologie des modes de commercialisation : Léonard V., Observatoire de la consommation alimentaire, ULg-Gembloux ABT.

[3] Apaq-W (Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité) — Étude de marché : Produits locaux & Circuits courts, juillet 2023. Réalisée avec Listen S.A. sur un panel représentatif de 1 500 Belges francophones (marge d’erreur ± 2,53 %). apaqw.be — télécharger le rapport (PDF)

Note éditoriale

Cet article a été rédigé à partir des sources listées ci-dessus. Les connaissances générales sur les définitions réglementaires notamment la règle du maximum un intermédiaire s’appuient sur la définition officielle de la Région Wallonne (DG03), telle que citée et détaillée dans les sources [2] et [3]. Aucun contenu n’a été reproduit textuellement depuis ces sources : les données et concepts ont été reformulés et mis en contexte par notre équipe.

Tagged under: Economie locale

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